2000 Méos au secours de Diên Biên Phu

Depuis des semaines la bataille fait rage à Diên Biên Phu. En ce début d'avril 1954, l'optimisme des communiqués officiels ne trompe plus personne sur les hauts plateaux du Nord-Laos. Diên Biên Phu est condamné !

Ce centre de résistance devait s'opposer à la pénétration vietminh vers la vallée du Mékong… Sa disparition laissera en première ligne les groupes de maquis "Servan", de la province de Sam Neua, et ceux de "Malo" de la province de Xieng Kouang. Pour le Colonel Sassi qui les commande, pour les Méos qui les constituent et qui se battent journellement contre l'infiltration communiste, c'est une question de survie. L'indépendance du Laos est en jeu et ils savent que l'ennemi ne fera aucun quartier…
Il faut savoir que Diên Biên Phu est situé au nord de Xieng Kouang, à plus de 200 km à vol d'oiseau.

Le 6 avril, Touby Ly Foung, chef spirituel des Hmongs, vient voir le colonel Sassi à son PC de Khang Khaï. Il lui déclare que les Méos, ne peuvent, sans tenter quelque chose, assister à la destruction de l'élite de l'Armée française. Ses Nai-bans et ses Tassengs sont tous d'accord et sont décidés à monter avec lui vers le nord pour secourir la garnison assiégée. L'autorité de Touby est indiscutable sur toutes les tribus Hmongs des provinces environnantes et s'étend même au-delà. Son loyalisme envers le Laos et la France a toujours été exemplaire.

Depuis 1945 son territoire a toujours été une zone d'asile pour tous les français pourchassés par les Japonais, les Chinois puis par les Viets.
Pour la première fois les guérilleros méos acceptent de combattre en unités constituées et bien en dehors de leur propre territoire.

Le colonel Sassi en informe le colonel Trinquier, son chef et patron du GCMA, et lui demande d'arracher au général Navarre l'autorisation de constituer une colonne de secours. D'arracher aussi une unité parachutiste pour mieux encadrer ses maquis et leur permettre d'agir sur les arrières viets par petits groupes mobiles, insaisissables, redoutables. Il sait que son chef va remuer ciel et terre à Saïgon pour obtenir gain de cause…
Mais rien ne vient…


Le Colonel Trinquier

Le 21 avril, avec la certitude que les autorisations nécessaires lui parviendront tôt ou tard, le colonel Sassi alerte ses adjoints et leur demande de se tenir prêts à faire mouvement plein nord, avec leurs troupes. Mais qu'attend donc le Haut commandement pour donner le feu vert ?
Les gars dans leur enthousiasme sont déjà en route.

Le feu vert arrive enfin le 28 avril : la mission du colonel Sassi est de porter au nord de Muong Peu. Le colonel Trinquier doit lui être parachuté avec un bataillon para et prendre le commandement de l'ensemble.



Guérilleros Hmongs participant à l'opération "D"

30 avril, jour de Camérone, l'opération "D" (comme Desesperado ou Déception) commence réellement.
2000 Méos et Laotiens, pieds nus pour la plus part, dans leurs tenues noires traditionnelles, mais armés jusqu'aux dents, convergent à marches forcées et sans détours excessifs, au travers d'un pays aux montagnes inhumaines, vers l'objectif qu'ensemble ils étaient bien décidés à atteindre.

Ils savent que la fin de Diên Biên Phu ne peut plus tarder et qu'avant de pouvoir intervenir, il faudra mener pendant des jours une obsédante et harassante course contre la montre.

Ensuite , s'il y avait une suite, ils savaient que tout ne serait qu'extrêmes difficultés. Mais pour rien au monde ils auraient donné leur place à d'autres, car, pour des paras, intervenir de l'extérieur au profit de frères d'armes piégés dans Diên Biên Phu, était la plus belle des missions…

Diên Biên Phu ! Le colonel Sassi savait, bien avant le début des combats, que Diên Biên Phu était perdu !
Le chef d'un de ses maquis ne le lui avait pas caché. Il avait eu l'occasion de survoler le camp retranché au cours d'une "mission avion" et même de s'y poser… Il avait sans tricher et avec une réelle angoisse rétrospective décrit le paysage : une garnison du bout du monde, installée autour de son aérodrome sur des pitons fraîchement aménagés et, tout autour, à perte de vue, des montagnes couvertes de jungle sauvage, impénétrables, hostiles, - qui permettaient au viet de tout voir en restant invisible, de tout faire dans la plus grande clandestinité.
Ce décor de cauchemar planté, le colonel Sassi avait entrevu la plus formidable embuscade, la plus insensée aussi, de toute la guerre d'Indochine.

Les futures victimes - 12.000 hommes - l'élite du Corps Expéditionnaire Français - avaient été mises les premières en place, toutes unités d'intervention paras et légionnaires comprises ! Pour elles, pas de chemin de repli ni de recueil !

Les viets, eux, avaient tout leur temps pour s'orga-niser, choisir leurs moyens et décider de l'heure H.



Survol de la haute région occupée par
des maquis organisés en auto-défense.

Pour le moment, il leur faut marcher, foncer sans trêve ni repos et arriver à cette DZ du nord du Muong Peu pour y recevoir le parachutage du 1er BPC, commandé par le capitaine Bazin, ancien chef des maquis et bien connu des Méos.

Le 4 mai, ils étaient à Phou Vieng - le 5 , la Nam Khan est franchie en pirogue - le 6, ils sont à Ten Tat, - le 7, à Ban Pitou et à Ban Na Poung le 8 mai. L'avant-garde est à Ban Houeï Kine et opère la liaison avec les premiers éléments des maquis venus de Pa Thi, Pa Kha, Nong Khang et Houeï Tao.
De mémoire de Hmongs, jamais il n'y avait eu pareil rassemblement !

Mais que pouvaient 2000 Méos, même avec leur armement moderne, contre la formidable machinerie communiste autour de Diên Biên Phu ?

C'est oublier que le même jour les Nungs de la Rivière Noire ont repris Laï Chau, à 80 km au nord du camp retranché. C'est ignorer que les Mans, des cousins de la frontière de Chine, mettent le siège autour de Cao Bang, perdu depuis la tragédie de 1950…

Ils pouvaient faire beaucoup pour soulager la garnison française…

Le 8 mai, la tête de la colonne est à moins de 100 km de Diên Biên Phu, mais ils ne savent pas encore que le camp retranché est tombé, engloutissant dans la fournaise le 1er BPC qui leur avait été promis.
Ils continuent leur progression jusqu'au 11 mai, date à laquelle, le colonel Sassi reçoit l'ordre formel de retourner sur ses bases de départ le plus rapidement possible… en prenant le plus cours chemin, les viets s'apprêtant à foncer sur le Laos.

Pendant tout le mois de mai, les groupes de "Servan" vont essaimer aux portes mêmes de la citadelle démantelée, recueillant les rares échappés. Ils en récupèreront ainsi plus d'une centaine et prouveront aux viets que, même après Diên Biên Phu, leur pénétration au Laos restait interdite.

Que sont devenus les Hmongs, ces fiers compagnons d'armes depuis ce pernicieux "cessez le feu" de 1954 ?

Pendant 20 ans ils ont été dans l'obligation de continuer à se battre seuls pour leur survie
et celle de leur race.
En 1975, la débâcle du Sud-Vietnam les emportera.



Traqués dans leur pays par l'occupant Viet, certains poursuivent la lutte, d'autres se trouvent en Thaïlande, en Australie, en Guyane, en Amérique et, naturellement, surtout en France.

Si vous en rencontrez, saluez-les bien bas,
car ils ont mérité
notre reconnaissance et notre admiration.




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