100 libérés des camps viets

Les Français libérés tels qu'ils apparurent à nos compatriotes contrairement aux Viets libérés par nous, ce sont des squelettes vivants.

Quand le capitaine de corvette Bardet pénètra sous la tente brunâtre - des voiles de sampan cousues ensemble - un retentissant garde-à-vous figea les 100 prisonniers que le Viet Minh rendait à la France en échange de 100 des siens.

Le capitaine de corvette et les 15 journalistes qui le suivaient s'arrêtèrent sur le seuil ; stupeur les empêchait d'avancer. Les hommes alignés devant eux, en tenue vert sombre, se raidissaient dans leur garde-à-vous, mais quelques-uns seulement étaient debout.

La plupart étaient restés allongés sur la natte. Ils s'appuyaient sur les coudes. Certains même ne pouvaient que soulever faiblement la tête.

Le premier mot des hommes de Diên Biên Phu : du pain

Premier acte d'hommes libres : manger.
Ils ne touchaient que 300 gr de riz par jour.

Ces hommes ont été fait prisonniers à Dien Bien Phu.
Ils sont encore vêtus des uniformes de l'"Armée démocratique"
qu'ils ont touchés la veille de leur libération.

Le capitaine de corvette et ses compagnons, les larmes aux yeux, considéraient ces effrayants squelettes aux genous énormes, aux os perçant une peau grise, aux visages creusés d'ombres, aux regards brûlants : les 100 libérés du 14 juillet.

Indigné, le médecin lieutenant de parachutistes Robert se tourna vers son confrère viet :

- Mais vous nous rendez des hommes dans un état affreux ! Vous ne pourrez pas dire que les vôtres n'étaient pas en parfaite condition physique ?

Une heure plus tôt, le L.S.M. (Landing Ship Medium) français venant de Haïphong, qui venait de procéder à l'échange, avait débarqué 100 prisonniers viets à Sam Son. Ils avaient fait le voyage installés sur des lits pliants, nantis de la ration règlementaire prélévée sur un tas de boules de pain, de boîtes de conserves et de seaux de riz dressé dans un coin de la cale.

Un sampan de la Croix-Rouge vietminh vient prendre contact avec le bateau français qui transporte les 100 prisonniers vietminh à échanger.

Vêtus de tenues neuves kaki et de chapeaux de brousse, c'était des hommes bien portant, à l'exception de quelques paludéens reconnaissables aux chiffons humides dont ils s'entouraient la tête. En les inspectant, le capitaine de corvette Bardet s'était posé la question : "Dans quel délai seront-ils récupérés par les unités combattantes ? "

Sur la grève de Sam Son, petit port de pêcheurs, s'allongeaient deux tentes brunes. L'une abritait les libérés français, l'autre attendait les libérés viets.

Les deux convois ne devaient pas se rencontrer : telle fut la consigne que trois officiers viets signifièrent aux officiers français, en leur servant un petit verre de lait de coco. Les libérés viets devaient donc passer les premiers.

Le pont-levis du L.S.M. s'abaissa. Les Viets mirent à la mer l'un des radeaux de bambous destinés à servir au transbordement, entre le navire et la plage.

Dès que les premiers libérés viets aparaissent, un hourrah parti de la foule viet les salue.

Aussitôt qu'ils mettent le pied sur la plage, on les couche sur des civières . Certains résistent, ne comprenant pas qu'il s'agit là d'une manifestation théâtrale : on veut faire croire à la population viet, contre toute apparence, que les prisonniers sont à bout de forces. L'un des libérés, voyant un vieillard le saisir à bras-le-corps, se méprend sur le geste, croit qu'il lui faut aider le vieillard, et emporte celui-ci dans ses bras, jusqu'à la tente qui sert de centre d'accueil...

Des policiers viets dispersent alors les hommes et les enfants. Les Français à leur tour sont transportés sur les radeaux. Femmes et jeunes filles courent vers eux, leur prennent la main et récitent un petit discours en vietnamien : "Nous espérons que vous retrouverez votre femme, vos enfants en bonne santé, que vous ferez cesser cette guerre injuste, que vous combrattrez pour la paix, etc.".

L'embarquement est terminé. La porte du L.S.M. se referme.

Ce prisonnier est trop faible pour boire seul,
les marins de bord l'aident.

Sur les cent, cinquante seulement
pouvaient marcher sans être soutenus.



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